1. Home
  2. Articles
  3. Communauté de Relais de la DGFiP : session du 10 juillet 2026

Communauté de Relais de la DGFiP : session du 10 juillet 2026

Ce que la DGFiP a précisé à J-53 de l’échéance

Calendrier confirmé, doctrine de démarrage, continuité des paiements, montée en charge du pilote et nouvelles priorités pour les Directions Financières.

Un calendrier confirmé et une doctrine de démarrage désormais clarifiée

À deux mois du 1er septembre 2026, la DGFiP et l’AIFE ont réuni, le 10 juillet à Bercy, la Communauté de relais de la facturation électronique. Cette dernière session (avant la bascule) a permis de dresser un état des lieux de la préparation de la réforme, mais surtout de préciser les conditions opérationnelles de son démarrage.

Le message principal est sans ambiguïté : le calendrier légal est maintenu et l’administration adoptera une approche pragmatique afin que les difficultés techniques ou organisationnelles rencontrées au démarrage ne provoquent ni interruption d’activité ni blocage injustifié des paiements.

Les services nécessaires au fonctionnement du dispositif sont annoncés comme opérationnels : l’annuaire est en production, les échanges techniques avec les plateformes agréées fonctionnent et le pilote a permis de tester la capacité des infrastructures à absorber les flux attendus.

Tolérance ne signifie pas report

L’annonce la plus attendue concerne la posture de l’administration durant la phase de démarrage.

La DGFiP indique qu’il n’y aura pas de sanctions appliquées de manière immédiate, automatique et indifférenciée aux entreprises qui rencontreraient une difficulté réelle, dès lors que celle-ci est documentée et suivie d’actions correctrices.

Cette approche repose sur trois principes :

  1. Le maintien du calendrier légal : les obligations entrent bien en vigueur aux dates prévues.
  2. La continuité économique : une difficulté de transmission ne doit pas bloquer une facture, un paiement, une comptabilisation ou un droit à déduction.
  3. La poursuite d’une trajectoire de conformité : les flux qui n’ont pas pu suivre immédiatement le circuit attendu devront être régularisés dans les meilleurs délais.

Il ne s’agit donc ni d’une « période blanche », ni d’une dispense temporaire. L’administration distinguera les entreprises engagées de bonne foi dans leur transformation de celles qui resteraient dans l’inaction, l’évitement ou le refus durable d’entrer dans le dispositif.

Dans son intervention, le ministre a précisé que cette phase d’écoute constructive accompagnerait la montée en puissance de la réforme et couvrirait, en tout état de cause, la fin de l’année 2026.

La priorité donnée à la continuité des factures et des paiements

La doctrine de démarrage apporte une précision particulièrement importante pour les Directions Financières : la réforme modifie le canal de transmission des factures, mais elle ne modifie pas les règles de fond relatives à la réalité de l’opération, à la dette commerciale, à la comptabilisation, au paiement ou au droit à déduction de la TVA.

Ainsi, une facture reçue temporairement par e-mail, sous forme de PDF ou sur papier ne devra pas être rejetée pour ce seul motif alors qu’elle correspond à une opération réelle et comporte les informations nécessaires à son traitement.

Elle devra être comptabilisée et payée, tout en faisant ensuite l’objet d’une régularisation par le circuit électronique attendu. Cette régularisation devra être organisée avec vigilance afin d’éviter les doubles paiements, doubles comptabilisations, doubles déclarations ou doubles déductions de TVA.

La même logique s’applique en cas d’indisponibilité temporaire d’une plateforme, d’incident lié à l’annuaire, de rejet, de refus ou de difficulté de e-reporting. Il faudra assurer la continuité, conserver les preuves de l’incident, traiter ce qui peut l’être et régulariser les flux dès le retour à un fonctionnement normal.

Un guide pratique répondant à 29 questions opérationnelles

Pour accompagner les entreprises dans cette phase de démarrage, la DGFiP a publié un guide pratique d’une trentaine de pages répondant à 29 questions autour de six objectifs :

  1. Assurer la réception des factures et la continuité des paiements ;
  2. Émettre les factures obligatoires sans interrompre l’activité ;
  3. Anticiper l’émission électronique sans créer de contraintes inutiles ;
  4. Transmettre les données de e-reporting et régulariser les retards ;
  5. Faire face aux incidents de démarrage ;
  6. Démontrer une trajectoire de conformité et dialoguer avec l’administration.

Le document traite notamment de la réception d’une facture hors du circuit prévu, de la valeur d’un PDF, des rejets et refus, des doubles envois, de l’usage d’un duplicata, des indisponibilités de plateformes, des anomalies d’annuaire ou encore de la défaillance d’un éditeur ou d’un prestataire.

Pour démontrer sa bonne foi, une entreprise devra pouvoir produire des éléments concrets et datés : contractualisation avec une plateforme agréée, calendrier de raccordement, tests réalisés, tickets de support, messages d’erreur, échanges avec les prestataires, mesures transitoires et plan de régularisation. Une simple déclaration d’intention ne sera pas suffisante.

Une montée en charge réelle, mais encore hétérogène

Les chiffres communiqués lors de la réunion montrent que le dispositif est désormais entré dans une phase opérationnelle :

  • 138 plateformes agréées étaient immatriculées par le service compétent, soit une progression de 30 % depuis janvier 2026 (et 15 plateformes étaient encore en phase de test et sept dossiers en cours d’immatriculation) ;
  • Deux plateformes sur trois étaient actives sur le service annuaire ;
  • Une plateforme sur trois était active sur le service déclaration ;
  • 40 plateformes avaient transmis des flux concernant 10 000 entreprises émettrices et 12 000 entreprises réceptrices ;
  • Deux millions d’entreprises disposaient d’une adresse de réception dans l’annuaire.

Au 5 juillet, 29,9 % des quatre millions d’entreprises constituant le « cœur de cible » avaient désigné une plateforme. Rapportée à la population totale suivie, estimée à onze millions d’entités, la proportion était d’environ 18 %.

Le dernier baromètre de la facturation électronique (juin) réalisé avec IPSOS montre que les plus petites entreprises ont choisi leur solution en majorité, même si la désignation dans l’annuaire n’est pas intervenue (7 entreprises sur 10) et que dorénavant trois-quarts des dirigeants sont confiants dans le fait d’être au rendez-vous de septembre.

Le mouvement est donc engagé, mais ces indicateurs montrent également l’importance de poursuivre rapidement les désignations, les raccordements, les tests et la fiabilisation des référentiels… du chemin reste à faire.

Les normes et textes continuent d’évoluer

La DGFiP a annoncé la publication du décret et de l’arrêté avant la fin de l’été 2026, suivie de la mise en ligne de la doctrine correspondante.

Les trois normes AFNOR constituant le socle commun de la réforme ont également été actualisées :

  • XP Z12-012, relative aux formats et profils des factures et des statuts de cycle de vie ;
  • XP Z12-013, relative aux API d’interfaçage avec les plateformes agréées ;
  • XP Z12-014, relative aux cas d’usage B2B.

Les dernières évolutions prennent notamment en compte l’octroi de mer, les ventes croisées, l’auto-facturation bidirectionnelle ainsi que de nouveaux chapitres sectoriels consacrés à l’énergie, à l’achat de médias et à l’immobilier. Sur le volet Peppol, 95 contrats avaient été signés avec des prestataires de services, permettant d’atteindre une couverture présentée comme quasi complète.

Quelles priorités pour les Directions Financières ?

À quelques semaines de l’échéance, la désignation d’une plateforme agréée constitue une étape indispensable, mais elle ne suffit pas à garantir une bascule maîtrisée.

Les entreprises doivent désormais sécuriser plusieurs dimensions complémentaires :

  • La qualité des données et des référentiels clients et fournisseurs ;
  • L’adressage des différentes entités dans l’annuaire ;
  • La cartographie des flux O2C et P2P, y compris les cas particuliers ;
  • Les tests de bout en bout avec les ERP, outils comptables et partenaires ;
  • La gestion des rejets, refus, doublons et indisponibilités ;
  • La transmission et la régularisation des données de e-reporting ;
  • La documentation des incidents et des actions correctrices ;
  • La continuité des processus de comptabilisation, de rapprochement et de paiement.

La réforme ne doit donc plus être abordée comme un simple projet de format ou de conformité fiscale. Elle constitue une transformation des échanges entre les entreprises et une occasion de fiabiliser et d’automatiser l’ensemble de la chaîne de facturation notamment dans la durée, post-réforme.

En conclusion

Les annonces de la DGFiP confirment le début d’une phase de montée en charge progressive. Le pragmatisme annoncé par l’administration vise à préserver la continuité économique tout en apportant une volonté de rassurer quant à une certaine période de tolérance pour les entreprises de bonne foi… ce qui ne veut pas dire un assouplissement des obligations ou une période d’attente supplémentaire.

La distinction se fera entre les entreprises capables de démontrer une démarche active de mise en conformité et celles qui n’auront pas suffisamment anticipé. La désignation d’une plateforme agréée est donc une étape nécessaire, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve suffisante de préparation. Les tests réalisés, les anomalies identifiées, les échanges avec les prestataires, les procédures transitoires et les plans de régularisation devront pouvoir être documentés.

L’enjeu n’est désormais plus uniquement de savoir si les systèmes pourront échanger une facture conforme. Il est de vérifier que l’ensemble de la chaîne — métiers, données, outils, clients, fournisseurs et procédures de secours — pourra continuer à fonctionner lorsque les flux augmenteront.

La réussite du démarrage reposera autant sur la maîtrise opérationnelle et la capacité à traiter les exceptions que sur la conformité technique elle-même.

Updated on 28 juillet 2026

Related Articles